Chapitre 2

Comme à l’accoutumée, Abel se dévoue pour conduire Freya et Adam à l’école dès l’aube avant de se rendre au travail. La nuit s’étend, le froid prend place et les réveils se font de plus en plus ardus. Il n’y a pas à dire, l’hiver pointe déjà le bout de son nez, le mois de décembre s’approchant à pas de loup. 

Le véhicule d’Abel n’est, hélas, que très peu hermétique au froid - ce que les enfants ne manquent pas de lui rappeler. L’établissement étant situé à plus de trois kilomètres de la maison, la voiture devient indispensable, surtout par ces températures glaciales - aussi peu isolante soit-elle. 

Bien que la banlieue d’Aguenon soit dotée de multiples structures scolaires, Abel et Victoria se sont juré de ne pas y inscrire leurs enfants, faute de fréquentations convenables et d’un enseignement favorable à la réussite scolaire de leurs protégés. Ainsi, les deux prodiges se sont retrouvé scolarisés malgré eux au sein de la ville voisine, à Mont-Laureau, de manière quasi illégale.

Officiellement, les Celsina sont des Mont-Lauriens. Officieusement, le frère de Victoria crèche avec son épouse dans un modeste studio dans les quartiers périphériques de Mont-Laureau et accepte gracieusement de fournir une preuve d’hébergement obligatoire à l’inscription de ses neveux. Bien entendu, pas une âme n’est au courant de cette manœuvre malicieuse orchestrée par Victoria Naouri. Le risque d’expulsion est bien trop grand, surtout pour des enfants Navigants - pour qui le seuil de tolérance est quasi inexistant.

  • Adam ! Tu peux me faire réviser pour tout à l’heure s’il te plait ? s’écrie Freya

  • Réviser quoi ? 

  • Ben, l’interro de latin ! Il faut que j’aie au moins dix-huit sur vingt pour remonter ma moyenne.

  • … l’interro de quoi ? 

Les yeux d’Adam ont failli s’extirper de leurs orbites. S’il y a bien un défaut qu’on peut lui attribuer, c’est son côté étourdi et désintéressé qui lui joue bien des tours dans tous les domaines de sa vie. 

  • J’ai complètement oublié, Frey, c’est toi qui va m’aider.

Freya soupire en levant les yeux au ciel.

  • T’abuses vraiment, on est foutus tous les deux maintenant.

  • Fichus, Freya, fichus ! s’exclame Abel à l’avant de la voiture.

  • C’est à cause d’Adam !

  • J’ai rien fait !

  • Oui, bah c’est justement le problème.

  • On se calme tous les deux ! Le matin, on remercie le Ciel pour cette nouvelle journée, on se chamaille pas dessus ! s’emporte Abel. 

Les deux ados se lancent un regard de défiance puis se taisent, par respect pour leur père. 

Le trajet jusqu’au collège principal de Mont-Laureau est assez déprimant, surtout en ces matinées hivernales - les nombreux espaces verts qui peuplaient jadis les deux villes ont disparu au profit des armadas de bâtiments grisâtres à l’âme souillée, logeant en leur sein des familles similaires aux Celsina, aussi tristes que leurs fondations. 

  • Papa, tu peux nous déposer ici, t’inquiète, lance Freya.

Le regard d’Abel se ternit de tristesse. Comme à son habitude.

  • Bien-sûr ma puce, pas de problème. Je viendrai vous récupérer ici ce soir.

  • Merci Papa ! A ce soir ! 

Freya dépose un léger baiser sur la joue de son père et s’élance vers le collège. Adam, lui, reste aux côtés d’Abel.

  • Tu ne veux toujours pas descendre en même temps que ta soeur ? 

  • Ben, le collège est à deux cent mètres, je vais pas marcher pour rien. Je te le dis tous les jours !

  • Ça me dérange pas de vous déposer ici, Adam. Je comprends.

  • J’ai froid Papa, c’est tout. 

Abel esquisse un sourire et redémarre la carcasse qui lui sert de voiture afin de déposer son fils devant le portail de l’entrée. Cette discussion est devenue presque routinière, ce qui apporta un souffle de chaleur dans le cœur fébrile d’Abel. 

Adam jaillit de la vieille Peugeot de son père pour rejoindre ses camarades, non sans croiser le regard interloqué et interrogateur de sa sœur jumelle sur le chemin. 

  • On se retrouve au cours de latin alors ? s’exclame Adam.

  • Euh… ouais vas-y…

Adam s’éclipse aussitôt pour rejoindre ses amis tandis que Freya se dirige vers son premier cours de la journée : au programme, l’étude de la guerre civile espagnole et du franquisme, largement mis en avant par Madame Lagardère, professeur d’histoire en espagnol bien trop proche de la retraite pour être jugée apte à enseigner. 

Les cours d’Adam se déroulent sous de meilleurs hospices. Toujours nonchalant, posé au dernier rang de la classe, jambes écartées et avachi sur son dossier, le jeune homme n’éprouve aucune difficulté à suivre ses cours - en réalité, c’est comme s’il en avait eu le contenu en avance tant les réponses fusent dans sa tête parfois avant même que les questions ne soient posées. Elles lui apparaissent d’une clarté incroyable, comme une évidence.

Le jumeau de Freya n’a plus besoin de faire ses preuves - en cela, il se fait discret, n’interagit que très peu en classe - sauf lorsqu’on lui demande, ce qui lui évite bien des problèmes. Ce jour-là, et comme tous les précédents, le jeune garçon s’est surpassé et a obtenu la meilleure note de la classe à une dissertation qui portait sur la place de l’art visuel dans la littérature. Ce qui attise bien des envieux, notamment auprès de ses camarades Natifs.

  • Mais comment t’as fait, c’était trop dur ! demande Ernest

Adam esquisse un sourire. 

  • Ma mère me saoule avec l’histoire de l’art depuis que je suis tout petit, y a des tableaux partout au café. J’ai pas eu besoin d’apprendre !

  • Ah ouais, mais tu triches en fait. 

  • Faut bien que je rattrape mon retard, ricane Adam. Je suis né du mauvais côté.

La recherche de l’excellence se veut bien plus précoce pour les jeunes Navigants, qui ne peuvent se permettre le moindre échec, et ce dès le plus jeune âge. Chaque examen, chaque intervention orale, chaque échange pèse dans la balance - à la fin, on ne comptera que les bons et dociles Navigants qui auront œuvré bien plus que les autres, pour obtenir bien moins.

L’examen de latin tant redouté par les jumeaux Celsina constitue une véritable source de stress pour les deux adolescents. Pendant seulement une vingtaine de minutes, les jumeaux vont mettre à exécution le savoir qu’ils ont ardemment acquis ces derniers jours. Comme à son habitude, Adam affiche une mine sereine et confiante - à l’instar de sa sœur dont les battements cardiaques frôleraient des gratte-ciels. 

  • Ca va le faire, Frey, t’inquiète, chuchote Adam.

  • Mouais, on verra. J’espère…

Erica, la meilleure amie de Freya, lui envoie un signe d’encouragement. La jeune Celsina est livide.

  • Tiens Frey, bois ça, ça va te faire du bien

  • Non… J…je… ça va… minaude Freya

  • Juste une gorgée ! Vite !

Freya s’empare rapidement de la bouteille d’eau citronnée gentiment proposée par sa meilleure amie Native, et reprit aussitôt ses esprits.

La sonnerie retentit stridemment, interdisant désormais à tout élève de déambuler dans les couloirs de l’établissement sans motif valable. Le silence règne et n’est maintenant perturbé que par l’orchestre des cliquetis des stylos quatre couleurs qui résonnent dans la pièce. 

  • Bien. Maintenant que j’ai le silence, voici les consignes : vous avez vingt minutes pour faire ce devoir. Comme prévu, il porte sur les deuxième et troisième déclinaisons, que vous connaissez normalement tous parfaitement maintenant ! Pas de piège, pas de lézard, si vous avez appris, ça devrait être rapide. Pour les autres, c’est pas la peine d’essayer de récupérer quelques points, ça m’agace encore plus ! 

Madame Hibousse est vraiment dotée d’une bienveillance qui donnerait envie à un défunt de mourir une deuxième fois. Approchant la retraite, sa patience n’a d’égal que son empathie, et cela se répercute très franchement sur ses méthodes pédagogiques ainsi que sur l’engagement suscité par ses élèves. En revanche, Madame Hibousse a la chance de jouir d’un physique des plus avantageux, surtout “pour une femme d’un tel âge” comme certains parents d’élèves aiment le lui rappeler sans gêne. Le visage du professeur de latin pourrait correspondre à celui d’une femme de quinze ans plus jeune. Ses traits sont fins, presque dessinés au crayon - et parfaitement symétriques. Le regard froid et impitoyable de la sexagénaire est habillé de deux iris couleur vert d’eau, si perçants, si perturbants à tel point que l’on pourrait les confondre avec la palette de couleurs d’un tableau de Monet. Quelques mèches d’un blanc parfaitement immaculé retombent légèrement sur le sommet de ses sourcils avant de se nicher à nouveau sur le sommet de son crâne d’un vif mouvement de doigts gantés d’ébène. En tout état de cause, Madame Hibousse est, sans ironie aucune, une femme naturellement charmante mais terriblement insensible. 

Une vingtaine de feuilles se retournent, signal ultime du début de l’interrogation. Adam soupire à la lecture des consignes et des exercices de grammaire soigneusement proposés par l’Education Nationale en se demandant - comme à chaque examen de latin - “pourquoi, mais pourquoi ai-je pris cette option ?”. Freya, quant à elle, a le regard vide. Madame Hibousse s’approche d’elle. 

  • Qu’est-ce qui vous arrive, mademoiselle Celsina ? Vous contemplez le paysage ? 

Freya sursaute. Madame Hibousse attrape d’une poigne ferme le bras ballant de l’adolescente avec vigueur avant de le poser violemment sur la table. 

  • Euh, non, Madame, je… euh… réflechis à mes réponses…

  • Nul besoin de réflechir, mademoiselle Celsina. Dépêchez-vous, vous avez peu de temps. Vous aussi, monsieur Celsina, au travail.

Le visage de Freya pâlit davantage. La jeune fille a bien conscience que le stress engendré par un simple examen de latin atteint un niveau bien trop élevé au vu des enjeux. Elle décide de se concentrer en tentant des exercices de respiration pour se reconnecter à son esprit en délaissant les symptômes d’angoisse physique qui semblent la submerger. Cependant, ça ne va pas en s’arrangeant. Elle ressent une boule de chaleur et des démangeaisons au niveau de son cou, puis de sa nuque. La solution aurait été d’ignorer ces signaux d’alarme mais les démangeaisons sont bien trop fortes. Freya se gratte frénétiquement jusqu’au sang, suscitant l’inquiétude de son frère jumeau. Petit à petit, son rythme cardiaque commence à s’accélérer jusqu’à en ressentir des bonds extrasystoliques dans sa poitrine. Sa respiration devient également plus saccadée - la jeune fille semble manquer d’air à chaque inspiration. Freya est prise de panique - son souffle se réduit de moitié et sa gorge forme un immense œdème en son sein. 

  • MADAME ! Ma sœur a besoin d’aide ! s’écrie Adam avant de lui porter secours.

Toute la classe se retourne vers les jumeaux - certains ébahis, d’autres indifférents. Parmi ces derniers, certains font volte face et retournent à leur interrogation. Pendant ce temps, Freya s’effondre au sol directement depuis sa chaise en quête d’air à respirer. Madame Hibousse s’approche rapidement vers la victime au sol, l’air inquiet, et envoie un camarade appeler le médecin scolaire.

  • Frey, Frey, tu m’entends ? Le médecin arrive, t’inquiète pas ! Reste avec moi ! panique Adam.

Adam saisit la main de sa sœur dont les yeux sont remplis de peur et de larmes. Les lèvres de la jeune fille sont complètement sèches. 

Le médecin scolaire débarque en trombe dans la salle. Une des rares mesures humanistes d’Iparone consiste à attribuer un médecin scolaire par salle de classe afin d’agir en cas d’urgence absolue - ce qui est le cas ici. Sans aucune hésitation, il diagnostique directement un œdème de Quincke - une réaction allergique qui peut être mortelle. 

Le médecin sort une seringue d’adrénaline de sa trousse et l’insère en plein dans le cœur de Freya.

  • Il faut l’emmener de suite aux urgences, Madame. 

  • Aux urgences ? Est-ce vraiment nécessaire ? 

  • C’est vital. 

Freya gît au sol, complètement amorphe, les yeux vides et les mains arquées vers l’avant. Son frère est épris d’inquiétude et de colère à la fois.

  • Bon, et bien, emmenez-la… Mais il faudra expliquer ça au proviseur.

Le médecin fit signe à son stagiaire de le rejoindre afin de l’aider à porter la jeune fille sur le brancard qui la déposera à l’hôpital, sous les regards ahuris de l’entièreté de la classe - Madame Hibousse comprise. Adam, quant à lui, se précipite vers le brancard avant de trouver un obstacle sur son chemin :

  • Jeune homme, vous ne pouvez pas venir avec nous, lui indique le médecin scolaire. Seuls vos parents peuvent accompagner votre sœur, je suis désolé…

  • Mais j’étais là, je peux dire ce qu’il s’est passé !

  • Nous savons ce qu’il s’est passé. Votre sœur a fait une réaction allergique sévère. Nous parlerons directement avec vos parents, retournez en classe.

Adam rebrousse chemin, dépité et désabusé. 

L’ensemble de la classe resta silencieux pendant une longue minute avant de lancer un léger brouhaha ambiant. 

Adam reste totalement muet. Encore secoué par la scène à laquelle il vient d’assister, en plus de se sentir profondément incompris, le jeune homme est bien trop perturbé pour parvenir à ordonner ses pensées et à les matérialiser à haute voix. Madame Hibousse, quant à elle, fait fi du choc émotionnel qu’elle vient de subir et part s’adresser à Adam en aparté. 

  • Monsieur Celsina, vous… vous allez bien ? 

Adam est évidemment étonné par cet élan d’empathie. 

  • Euh… non, pas trop, ils ne veulent pas me laisser voir ma sœur, je… je… mes parents…

  • Calmez-vous, Adam, soupire l’enseignante. Vous pouvez rentrer chez vous si vous le souhaitez, votre absence sera excusée.

Adam lance un vif regard interrogatif à son professeur de latin. De toute évidence, le frère de Freya souhaiterait retourner chez lui mais dans cette société, aucun acte n’est dénué de conséquences. 

  • Vous ne serez pas pénalisé non plus. 

Un soupir de soulagement s’échappa de la bouche d’Adam, comme si on l’avait allégé d’une charge surpassant ses capacités. Il se dirigea sans plus attendre vers la sortie après avoir saisi agressivement son sac. 

*****

Freya a connu meilleur mardi. La jeune fille est allongée sur un brancard déambulant à toute vitesse. A peine consciente, elle parvient à déceler les néons des urgences défilant un par un, sans s’arrêter. L’air ambiant est glacial, l’assise peu confortable - le matelas du brancard doit être épais d’à peine trois centimètres. Le corps de l’adolescente est drapé d’une couverture de survie chauffante - ce qui représente bien l’unique source de chaleur de l’intégralité du centre hospitalier. 

L’équipe médicale dirige le brancard vers une chambre entièrement blanche - des rideaux aux alèses de lit. Un aide-soignant - également vêtu de blanc - entre à son tour dans la pièce muni d’une machine à perfusion. Après un timide sourire lancé à l’adolescente à peine consciente, il s’empresse de lui injecter une aiguille directement sur le dos de sa main droite, au milieu, près d’une veine verte bien visible.

  • Si vous avez besoin de quoi que ce soit, appuyez sur le bouton orange sur le côté droit de votre lit, lance l’aide soignant. Le médecin va arriver, et nous avons prévenu vos parents. Ils sont également en route et ne devraient pas tarder. 

« Et Adam ? » se demande instantanément Freya. « Peut-être qu’il ne voulait pas rater le contrôle de latin… ». Cette pensée lui arrache des sentiments mêlés de peine et de compassion. Les Freya et Adam de ce monde n’ont pas droit à l’erreur. 

Freya tente de comprendre ce qu’il s’est passé non pas sans difficulté. Plus le temps avance, plus les images se brouillent et s’habillent d’un filtre obscurcissant, rendant difficile toute tentative de discernement. Tout ce dont elle arrive à se rappeler, c’est qu’elle était bras ballant face au tableau de la salle 111 du collège à se demander comment elle comptait s’en sortir, tout en se disant que la boisson offerte par Erica était vachement bonne. Elle n’avait plus goûté à quoi que ce soit de citronné depuis… Mais oui ! Depuis petite, Freya ne supporte pas le citron - cela lui donne des aphtes dans la bouche. Peut-être que la boisson aromatisée fut la cause de cette réaction allergique !

Victoria débarque en trombe.

  • Freya, ma fille ! S’exclame Victoria. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? 

  • Maman, j…je… c’est le citron.

  • Le citron ? 

  • Oui, j’ai bu du citron, et je me suis sentie mal, j’arrivais plus à respirer…

  • En classe ? Tu as bu du citron en classe ? 

  • Oui, je… je sais que j’ai pas le droit mais…

  • Ma chérie, une simple boisson ne peut pas te mettre dans un tel état ! Tu n’es pas allergique à ce point. Tu as vu le médecin ? 

  • Pas encore, soupire Freya. L’infirmier m’a dit qu’il arrivait. 

Et comme un cheveu sur la soupe, le docteur Desanya fit son entrée dans la chambre. Grande, élancée et aux cheveux d’un ébène, le médecin aurait également pu faire carrière dans le mannequinat. 

  • Bonjour mesdames, je suis le docteur Tessa Desanya. Je viens pour mademoiselle Freya Celsina, c’est bien ici ?

Victoria et Freya hochent la tête simultanément. 

  • Mes collègues ont mentionné un choc anaphylactique à la suite d’une exposition à un allergène, madame Celsina. Votre fille a-t-elle des allergies connues à ce jour ? 

  • Oui, Freya est intolérante aux agrumes et au lait de vache… Jusque là, du moins…

  • Intolérance, oui, mais c’est différent d’une allergie, sourit le médecin. A part ça, aucune trace d’allergie ? 

  • Non, aucune docteur. 

  • Très bien.  Nous avons injecté à votre fille des doses d’adrénaline ainsi que des antihistaminiques pour calmer la réaction allergique. Nous allons procéder à une analyse complète de sang et des urines qui est prise en charge par l’établissement…

  • Q-Quel soulagement ! S’exclame Victoria

Tessa marque une pause. 

  • En revanche… Les tests d’allergie ne sont eux, pas pris en charge pour les Navigants. Ils sont à régler séparément, si vous souhaitez les effectuer bien-sûr. 

Victoria blémit. 

  • A quel prix s’élèvent-ils ? 

  • Je n’ai pas les sommes exactes en tête, madame Celsina, mais c’est assez onéreux.

Un long silence s’installe dans la pièce et prit presque autant de place que les trois femmes réunies. 

  • Madame Celsina, je comprends que ce soit un coût pour vous, mais il s’agit de la santé de votre fille. Si vous ne savez pas ce qui provoque ces réactions, ça peut être très dangereux par la suite… 

  • S’il le faut, je me saigne pour ma fille, docteur. Pour rien au monde je ne mettrai en danger sa vie…

  • Bien-sûr madame. Après, il y a une alternative bien moins coûteuse mais plus lourde dans le quotidien de votre fille… 

L’attention de Freya se décupla en un instant. S’il y a bien une chose qui effraie l’adolescente au plus haut point, c’est de devenir un poids financier insoutenable pour ses parents. 

  • Nous pouvons prescrire à Freya un traitement antihistaminique de prévention, qui sera lui pris en charge par la sécurité sociale. Nous le ferons passer en traitement obligatoire à la suite de l’incident survenu à l’école. En revanche, votre fille devra prendre ce traitement à vie, trois fois par jour jusqu’à ce qu’il soit possible pour vous de régler les tests d’allergie.

Sans réfléchir un seul instant, Freya s’exclama : 

  • Oui, je préfère ça, docteur. 

Les deux femmes se retournèrent vers la jeune fille, interloquées. 

  • Freya, ma chérie, tu es mineure. C’est à moi de décider, sourit Victoria.

  • Oui, mais je veux prendre le traitement. C’est mieux pour tout le monde ! 

  • Mademoiselle Celsina, vous devez comprendre qu’il s’agit d’un traitement très important et que vous en aurez la pleine responsabilité en termes de régularité. 

  • Je suis responsable, docteur.

Victoria pousse un soupir mêlant soulagement et inquiétude envers sa fille. 

  • Madame Celsina, la décision vous revient. 

Freya lance un regard insistant à sa mère afin de tenter de la rassurer et d’appuyer sa démarche une énième fois. 

  • Allons pour le traitement préventif, docteur. Nous devrons en rediscuter plus tard de toute manière. 

  • Naturellement, répond Tessa. Je transfère ça à mes collègues tout de suite. A bientôt mesdames. 

Freya soupire un bon coup. Pour elle, la décision était prise et il n’y avait pas de retour en arrière envisageable de quelconque manière. 

Des sentiments de crainte de soulagement s’entremêlaient dans le bourdonnement sourd du cœur des Celsina. Abel n’ayant pas pu se rendre disponible, Victoria et Freya ont eu recours à un taxi conventionné pris en charge par l’hôpital.

Victoria sortit la première du véhicule en prenant soin de chaleureusement remercier le chauffeur de les avoir déposées à bon port. Elle saisit par la suite la main de sa fille et toutes deux se dirigèrent vers la porte de l’immeuble jadis immaculé de leur modeste demeure. A l’interphone, Zinelli répondit, le son de sa voix habillé d’anxiété. Sans plus attendre, toutes deux gravirent les marches de la lugubre cage d’escalier du bâtiment jusqu’au premier étage de celui-ci.

  • Freya, ma fille ! s’écrie Zinelli sur le palier de la porte, qu’est-ce qui t’arrive ? Oh là là, viens ici, tu es toute pâle !

Freya plongea dans les bras de sa grand-mère. Elle prit une large inspiration dans le creux de son cou où elle put humer le délicat parfum de rose et de jasmin de Zinelli, si rassurant, si maternel. D’un rapide coup olfactif, elle se sentit enfin en sécurité après la journée éprouvante qu’elle eut à affronter. Une journée de Navigante. 

Et ce n’est que le début…

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